Retour sur la Journée de la Facture Electronique (JFE) 2025

La Journée de la Facture Électronique – JFE 2025, organisée le 13 mai dernier à Paris par le FNFE-MPE, a réuni à nouveau les acteurs publics, éditeurs de solutions, experts réglementaires et entreprises pour faire le point sur l’avancement de la réforme. Une édition particulièrement riche en annonces concrètes et en clarifications techniques, qui permet de mieux se projeter dans le calendrier 2025-2026. Comme chaque année Open Bee était présent et a pris des notes durant toute cette journée. Voici ce qu’il faut en retenir.
Pour rappel : le rôle du PPF a évolué
Souvenez-vous : le PPF (Portail Public de Facturation) n’est pas une plateforme de facturation comme les autres. Si à l’origine, il devait proposer un service minimum d’envoi et de réception des factures pour toutes les entreprises, son rôle s’est recentré autour de trois missions clés :
- Centraliser les données fiscales : le PPF joue le rôle de concentrateur pour l’administration. Il ne communique pas directement avec les entreprises, mais uniquement avec les PDP, qui lui transmettent les données nécessaires (émetteur, destinataire, montants, TVA, échéances, etc.).
- Gérer l’annuaire des assujettis : il est responsable de l’identification des entreprises et de leurs adresses de réception de factures électroniques. Cet annuaire est essentiel pour assurer la bonne circulation des flux documentaires entre les bons acteurs.
- Recevoir les factures du secteur public (B2G) : historiquement, le PPF reste aussi la porte d’entrée pour les factures à destination des entités publiques, via Chorus Pro. Il permet à certaines entreprises de déposer leurs factures sans passer par une PDP, notamment dans un cadre B2G.
À lire aussi :
SecNumCloud et réforme de la facture électronique : un duo incontournable pour les TPE-PME

Les dernières avancées de l’AFNOR : rendre la réforme concrète, compréhensible et applicable
Les enseignements partagés lors de la JFE 2025 ont permis de mieux cerner les difficultés rencontrées par les entreprises face aux spécifications techniques initiales du PPF, jugées trop complexes et peu adaptées aux réalités du terrain.
Pour y remédier, la commission AFNOR a été mandaté pour construire un cadre plus lisible, opérationnel et harmonisé pour tout le monde : TPE, PME, grands groupes, éditeurs, intégrateurs.
Parmi les avancées annoncées dernièrement, on retrouve :
- La définition d’un socle de formats clairs et partagés : les formats autorisés pour émettre des factures électroniques (UBL, CII, Factur-X) sont désormais documentés avec précision. Ce cadre vise à éviter toute interprétation variable selon les acteurs et à garantir l’alignement entre les exigences fiscales françaises et les standards européens. Une publication officielle est sortie le 13 mai afin d’apporter un éclairage sur les formats et profils des messages des factures et des statuts de leur cycle de vie.
- Des cas d’usage concrets pour guider les entreprises : beaucoup de questions se posent telles que à qui adresser les factures lorsqu’il y a d’autres acteurs de facturation ? Comment gérer les statuts (émission, litige, paiement, etc.) ? Quelle plateforme se charge de l’envoi ? La commission travaille donc sur des cas d’usage illustrés, pensés du point de vue des utilisateurs, pour répondre aux vraies questions opérationnelles. Cela inclut aussi les cas particuliers comme le e-reporting B2C ou l’articulation avec les logiciels de caisse.
- Des API standardisées pour connecter tout le monde : pour assurer une transition fluide entre chaque acteur de la réforme, des API uniformisées sont en cours de développement. Elles permettront aux outils des entreprises (ERP, logiciels comptables, OD, etc.) de se connecter facilement aux PDP et au PPF. Une interopérabilité technique sera ainsi garantie de bout en bout, favorisant l’automatisation des processus sans rupture.
La commission AFNOR travaille à poser un cadre technique, opérationnel et harmonisé, afin de clarifier les zones d’ombre de la réforme et de garantir une compréhension commune entre tous les acteurs impliqués — éditeurs, PDP, entreprises et administration.
Podcast : Mieux comprendre la réforme de la facture avec Open Bee
Interopérabilité : un pilier essentiel pour une réforme fluide et connectée
Avec plus de 90 PDP déjà immatriculées « sous réserve » début 2025 et jusqu’à 150 attendues d’ici le déploiement de la réforme de la facture en septembre 2026, la capacité des plateformes de dématérialisation partenaires (PDP) à dialoguer entre elle est devenue une priorité.
L’interopérabilité, c’est tout simplement la possibilité pour toutes les PDP de transmettre et de recevoir des factures entre elles, quelle que soit la solution utilisée par les entreprises concernées. Cela garantit que les flux circulent sans rupture, dans un langage commun.
A. Portabilité et standardisation au service des entreprises :
Chaque entreprise disposera d’une adresse normalisée d’identification, construite à partir de son SIREN, et inscrite dans l’annuaire centralisé du PPF. Une adresse qui pourra être conservée même en cas de changement de PDP de réception.
Cela signifie qu’une entreprise pourra changer de prestataire sans impact sur la réception de ses factures électroniques, ce qui est essentiel pour garantir la continuité des échanges, éviter les ruptures de chaîne, et assurer une vraie liberté de choix à long terme.
La FNFE et la Direction Générale des Finances Publiques (DGFiP) rappellent que ce mécanisme de portabilité a été pensé pour favoriser un marché fluide, ouvert et concurrentiel, tout en simplifiant les démarches pour les entreprises. Il s’inscrit également dans le cadre plus global de l’interopérabilité réseau, en lien avec le standard européen PEPPOL.
Cette portabilité repose sur la synchronisation des adresses entre l’annuaire du PPF, le SML (Service Metadata Locator) et le PEPPOL Directory, pour garantir une interopérabilité réseau solide à l’échelle européenne.
B. Mandat Opt-in : l’étape incontournable pour déclarer sa PDP :
Les entreprises peuvent désormais désigner leur PDP de réception via un mandat « opt-in ». En apparence administrative, cette étape joue un rôle fondamental : celui d’éviter les conflits d’aiguillage entre PDP et de permettre une distribution fluide des factures. Le mandat « opt-in » est disponible depuis le site de la FNFE.
Bonne nouvelle pour les petites structures : la saisie du mandat peut être déléguée à un tiers, comme un expert-comptable, simplifiant ainsi la démarche pour les TPE ou entreprises peu familières du sujet.
Ce mandat constitue l’une des dernières étapes avant l’enregistrement officiel de l’entreprise dans l’annuaire du PPF, désormais confirmé pour fin juin par l’AIFE. Un jalon décisif, qui débloquera les premiers échanges de factures électroniques dans le cadre du nouveau modèle.
C. PEPPOL : le socle technique pour assurer l’interopérabilité européenne
Pour que cette harmonisation soit techniquement possible, l’administration française a annoncé sa volonté de devenir l’Autorité PEPPOL (Pan-European Public Procurement Online) France. Concrètement, cela signifie qu’elle définira les règles spécifiques à appliquer dans l’Hexagone tout en assurant une compatibilité avec le réseau international PEPPOL. Cela permettra à la France d’éviter un modèle en silo, complexe et coûteux. Largement adopté, le réseau PEPPOL vise à faciliter les échanges électroniques standardisés entre entreprises, dans une communication fluide, sécurisée et conforme entre toutes les plateformes, qu’elles soient françaises et européennes.
Ce rôle de supervision permettra ainsi de :
- Harmoniser les formats de factures échangées (y compris les statuts comme le CDAR).
- Obliger toutes les PDP à vérifier que leurs interlocuteurs sont également immatriculés.
- Imposer l’usage d’adresses électroniques normalisées issues de l’annuaire PPF (au format SIREN).
- Synchroniser les informations avec les outils PEPPOL.
Derrière la réforme française en cours se dessine une convergence forte avec les exigences européennes. ViDA donne le « quoi », PEPPOL donne le « comment ». Ensemble, ils permettent une interopérabilité fluide entre les pays, une réduction des coûts liés à la gestion de la TVA et à l’administration de la facturation ainsi qu’un cadre unique de conformité pour les entreprises opérant à l’échelle de l’Union européenne.
Les entreprises françaises doivent donc penser au-delà du calendrier national de la réforme. C’est toute l’Europe qui se digitalise avec un seul objectif : faire de la facture électronique un levier de simplification, de performante et de sécurité fiscale. Dans cette dynamique, PEPPOL joue un rôle structurant : un PoC (Proof of Concept) a récemment été lancé pour tester la mise en œuvre du modèle à six coins, c’est-à-dire un échange de facture électronique entre deux entreprises via deux PDP et deux administrations fiscales distinctes. Il s’agit d’une configuration typique des transactions intracommunautaires.
Cette initiative confirme que l’interopérabilité européenne est en marche, avec la France déjà bien positionnée pour s’y intégrer pleinement.
ViDA : un pilier stratégique pour une réforme de la facture résolument européenne
Parmi les grandes actualités autour de la réforme de la facture électronique, un nom revient avec insistance : ViDA. La directive européenne ViDA (VAT in the Digital Age), portée par la Commission européenne, vise à moderniser la gestion de la TVA dans tous les pays membres.
Elle introduit plusieurs nouveautés majeures qui impacteront directement les entreprises françaises :
- Obligation de facture électronique structurée pour toutes les transactions B2B intra-européennes à partir du 1er juillet 2030. Fini les formats hétérogènes ou les PDF : seule une facture conforme à la norme EN 16931 sera considérée comme valide.
- Harmonisation des délais d’émission : une facture intracommunautaire devra être émise au plus tard 10 jours après le fait générateur.
- Apparition de nouvelles mentions obligatoires sur les factures, comme l’indication d’une opération triangulaire, d’un numéro séquentiel de rectification ou encore des coordonnées bancaires du fournisseur.
- Suppression des déclarations d’échanges de biens (DEB) au profit d’un e-reporting européen en temps réel.
- Suppression des états déclaratifs européens à compter de 2030.
- Alignement progressif sur un numéro unique de TVA à l’échelle de l’Union européenne à l’horizon 2028.
Et dès 2025 ? Chaque État membre pourra, dès le 14 avril 2025, instaurer l’obligation de « e-invoicing domestique » sur son territoire, sans passer par une demande de dérogation. L’acceptation par le destinataire ne sera alors plus nécessaire, ce qui simplifiera les flux dans les relations B2B nationales.
Les États membres avancent à des rythmes différents, mais une tendance claire se dessine : l’Europe converge vers une généralisation du e-invoicing B2B couplée à un e-reporting en temps réel. Des pays comme l’Italie, la France, la Pologne ou l’Espagne sont déjà très avancés, tandis que d’autres visent une entrée en vigueur en 2030. Pour les entreprises françaises, cela signifie que les enjeux de conformité dépassent les frontières nationales : toute relation commerciale en Europe devra bientôt s’aligner sur ces nouvelles exigences.
ViDA n’est donc pas une réforme parallèle, mais un prolongement naturel de la réforme française. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large d’harmonisation, de simplification et de digitalisation de la TVA au niveau européen. La réforme française de la Facturation Électronique s’inscrit déjà dans la continuité des principes portés par la directive ViDA, ce qui devrait permettre une transition progressive et maîtrisée, là où d’autres pays européens devront opérer un virage plus radical pour s’aligner sur le modèle cible.
Ce qu’il reste à faire : transformer la conformité en levier de performance
Les annonces de la JFE 2025 (la Journée de la Facture Electronique) confirment une chose : la réforme entre dans sa phase décisive. Formats stabilisés, calendrier confirmé, mandat opt-in ouvert, alignement avec ViDA et gouvernance PEPPOL… Tous les voyants sont au vert.
Les entreprises ont aujourd’hui toutes les cartes en main pour préparer leur mise en conformité et transformer cette obligation en opportunité de performance.
A. Première étape incontournable : faire le point sur sa situation
Où en est votre entreprise aujourd’hui ? Disposez-vous déjà d’un socle numérique solide ? Avez-vous identifié toutes les factures entrantes et sortantes, leurs canaux d’arrivée ainsi que leurs formats ? Êtes-vous encore au stade du PDF envoyé par e-mail ? Avez-vous identifié une PDP ? Avez-vous vérifié que vos factures comportent toutes les mentions obligatoires demandées par l’administration fiscale ?
Chaque structure avance à son rythme, mais toutes devront, d’ici septembre 2026, avoir la capacité d’émettre, recevoir, transmettre et archiver leurs factures selon les nouvelles règles.
C’est pourquoi réaliser un audit de conformité clair et opérationnel est essentiel. Il permet de mesurer les écarts à combler et de construire un plan d’action réaliste, aligné sur les exigences réglementaires.
B. La Piste d’Audit Fiable : le pilier de la conformité fiscale
Parmi les autres enjeux trop souvent sous-estimés : la Piste d’Audit Fiable (PAF). Elle garantit l’intégrité, la traçabilité et la conformité des factures tout au long de leur cycle de vie.
Ce n’est pas un simple bonus, mais un pilier de la conformité fiscale, notamment en cas de contrôle. Les entreprises vont devoir mettre en place ce type d’outil pour s’assurer une bonne conformité et avoir une garantie de la traçabilité de leurs opérations.
C. Mettre en place une solution adaptée à la réforme et à votre entreprise
Enfin, toutes les entreprises n’ont pas les mêmes besoins. C’est pourquoi chez Open Bee, nous avons conçu trois offres GED différenciées, pour répondre à chaque niveau de maturité :
- Essential, la GED pour les TPE et PME qui veulent aller à l’essentiel, simplement.
- Advanced, la GED pour les PME structurées, collectivités et ETI qui ont besoin d’une solution plus complète.
- Enterprise pour les organisations aux processus avancés, multisites ou à fort niveau d’exigence.
En s’outillant dès maintenant, en auditant leurs processus, en choisissant la bonne solution et en structurant leur Piste d’Audit Fiable, les entreprises peuvent aborder 2026 non pas dans l’urgence, mais avec sérénité et maîtrise.
Il ne s’agit plus de s’interroger sur l’opportunité de passer à la facture électronique : il s’agit de s’y préparer intelligemment, dès aujourd’hui.
Vous souhaitez être accompagné pour votre projet GED ?
Nos experts vous conseillent sur les solutions à mettre en place pour la réforme de la facture électronique
